La Sagesse du Corps
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ancien garde du corps du Dala• Lama

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Allen Pittman,
ancien garde du corps du Dalaï Lama


États-Unis, Taiwan, Chine, Inde, Loguivy-Plougras. On est tenté de demander : «cherchez l'erreur». Mais il n'y a pas eu de faute d'aiguillage. Allen Pittman, infatigable voyageur, spécialiste des arts martiaux asiatiques et ancien garde du corps du Dalaï Lama a bien posé ses valises dans le Trégor. Rencontre. Pour un ancien garde du corps du Dalaï Lama, Loguivy-Plougras, c'est moins clinquant que Katmandou. Moins exotique? Pas sûr... C'est là en tout cas qu'Allen Pittman a posé ses valises. Pour le trouver, il faut s'aventurer au coeur du Trégor. Ne pas céder à la tentation de la nationale 12, à gauche ou à droite, vers Rennes ou Brest. Poursuivre à travers le bourg immuable de Loguivy en direction de Callac. Puis, quelque part dans les vallons, trouver un hameau, perdu en clôture d'un chemin. Plusieurs maisons s'y côtoient, précédées par l'ambassade aimable de quelques chevaux en pré.

Body Guard
Dans le jardin, Allen boit un chocolat chaud dans un grand bock. Son regard est à la fois doux et aquilin. Les traits fins de son visage et la barbe argentée bien taillée lui donnent un air de discipline et de gentillesse assez british.

On est loin de l'allure de gros bras que l'étiquette «Body Guard» pouvait laisser présager. On est loin également du grand maître aux manières exotiques : Allen Pittman ne porte aucun costume traditionnel et peut supporter toute une conversation sans brûler de l'encens à tire-larigot.

Alors, qu'y a-t-il donc chez Allen Pittman d'un garde du corps de Dalaï Lama? On serait tenté de dire : rien d'extraordinaire, justement. Le savoir-faire et l'expérience sont totalement intégrées dans la gestuelle la plus ordinaire. Plus de trente ans de pratique de toutes sortes d'arts martiaux, de multiples traditions, ont été avalés, digérés. Le corps s'est formé au combat, à la mode chinoise avec le maître taïwanais Hung. A la mode celte, avec l'immense Tim Geogheagan, ancien homme fort dans un cirque. Il s'est frotté aux techniques des guerriers Zoulous en Afrique. Il s'est modelé à partir des exercices des maîtres yogis en Inde.

L'homme est posé, centré sur quelque point d'équilibre qui donne immédiatement l'impression, en comparaison, que l'on est trop agité. Ses gestes les plus simples témoignent toujours d'une économie de mouvement assez difficile à qualifier. Et ses bras se meuvent d'une façon telle qu'on ne saurait dire s'ils ont l'air tout à fait lourds ou extrêmement légers.

«J'ai fait un rêve»
Ce n'est pourtant pas à son habileté au combat qu'il doit d'avoir été, un jour, le garde du corps du Dalaï Lama. Il le doit à un rêve.

A l'époque , il est en Inde, et suit un enseignement donné directement par le Dalaï Lama. Ce dernier a quitté le Tibet, à cause de la guerre. Et depuis peu, par crainte sans doute qu'il disparaisse un jour, partage des éléments d'un savoir autrefois totalement secret. Allen est là, parmi les moines, après des années d'étude et d'apprentissage du bouddhisme.

«A l'issue d'une cérémonie très particulière qui doit agir sur le sommeil, j'ai fait un rêve étrange, en Tibétain. C'est une langue que je ne parle pas. Pourtant, je me suis réveillé avec une phrase en Tibétain. Sans la comprendre. J'ai demandé à mon professeur ce qu'elle signifiait. Il m'a dit de patienter, de retourner aux États-Unis et de travailler encore sur les symboles».

Allen rentre à Atlanta, où il est né. Et travaille, deux années durant. Un jour, un représentant local du bouddhisme Thibétain lui fournit l'explication de son rêve : il sera garde du corps du Dalaï Lama. En 1995, celui-ci débarque aux États-Unis. «J'étais là, à l'aéroport, pour l'attendre.» La situation, assez fascinante, lui fait simplement dire que «c'est une bonne chose de pouvoir appliquer son savoir-faire». Bien sûr, l'engagement est un «véritable honneur et un vrai test.» Pour s'y préparer, Allen prend conseil auprès de garde du corps professionnels.

En 1998, lorsque le Dalaï Lama revient aux États-Unis, c'est encore Allen, qui l'attend au pied de l'avion. Une expérience qui fait mouche sur son curriculum vitae. Du coup, il reçoit de nombreuses propositions, qu'il décline. «Plus la personne est bonne, moins le risque est élevé. Mais être garde du corps, cela veut dire qu'on peut donner sa vie pour sauver la personne.» Impossible, en clair, de la risquer pour n'importe qui. Il offrira en revanche ses services à un ancien collaborateur de Martin Luther King, «mais davantage à la façon d'un secrétaire personnel».

Prof de sport
Le vrai métier d'Allen Pittman, c'est enseignant. Prof de sport aux États-Unis, il parcourt le monde, appelé ici et là pour assurer des stages d'arts martiaux. Toutes ces années de travail l'ont poussé à mettre au point un système bien à lui, «Quintessence de tout ce que j'ai appris» et qu'il appelle «sagesse du corps». Il s'agit d'une chorégraphie martiale assez simple, qui respecte les mouvements naturels du corps.

Il met à profit de surcroît toute une recherche sur la pédagogie. Allen n'aime pas les profs-gourous, qui cachent leurs faiblesses derrière des mystères ou des mystiques. «Un élève arrive toujours avec des problèmes. Il ne doit pas repartir avec davantage de questions».

Il ne goûte guère ceux qui «miment la culture pour apprendre la technique». Pas besoin d'essayer d'être plus asiatique qu'un asiatique. En général, «Il est bon que l'enseignant montre aussi ses faiblesses. il ne doit pas dominer l'élève, mais l'aider à devenir indépendant. » Pour cela, rien de tel que de s'efforcer de suivre le vieux précepte grec : «Connais-toi toi-même».

-- Dimitri Rouchon-Borie